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SCENES - PLANCHES
THEORIES POETIQUES SUR LES INTERCONNEXIONS - MINDROOTS

directeur artistique,
designer, vidéaste,
scénariste visuels :
Jean Ranger
chorégraphes :
Angela Di Lauro,
Geneviève Lechasseur
compositeurs :
Marc Lalonde,
François Kiraly,
Martine Turgeon,
Nicolas Letarte

C'est un théâtre d'ombres contemporain. Avec des musiciens. Deux danseuses. Un comédien déguisé en gros bonhomme ventru repu d’informations indigestes. Un professeur au tableau noir expliquant la circulation de la communication. Des projections vidéo. Des bouteilles qui tintent en s’entrechoquant. Des correspondances poétiques. Et quelques théories globales.
Théories poétiques sur les interconnexions explore notre monde multisensoriel, cherchant à nous faire prendre conscience, avec humour, force ou naïveté, de notre insertion dans un réseau global, de notre rapport aux autres, à l’information, à la nature. La nature est d’ailleurs omniprésente, à la fois contraignante (les danseuses sont enserrées au début du spectacle dans des corsets de bois), inquiétante (une main est projetée en gros plan recouverte de centaines d’abeilles bourdonnantes), mimétique (les danseuses sont attirées, telles des insectes par un gros lampion) et finalement fascinante (on admire sa complexité et sa capacité d’organisation, son interconnexion, justement). La technologie est perçue comme un prolongement "naturel", créant en fin de compte un univers dans lequel nous sommes tous immergés, en lien constant les uns avec les autres, à la fois résistants et engloutis par les flots d’information qui menacent de nous faire éclater. Quel est le message ? Il faut à la fois apprendre à digérer l’information et, contre l’individualisme, se laisser aller à nos émotions en relation avec les autres...

Et ce sont justement des émotions presque enfantines que suscite par moments MindRoots, dans ce spectacle parsemé de purs moments de poésie. On assiste ainsi à l’étrange ballet de deux robes de chambre géantes qui accouchent de deux sirènes argentées enveloppées dans un film transparent, belles et visqueuses. Les sirènes regagnent leur étrange logement au bout de cinq minutes d’exploration de l’espace, sûrement déçues du monde, et on a soudainement l’impression d’avoir halluciné le mariage de Cronenberg et d’Andersen... Un peu plus tôt, c’était un homme lavant le plancher qui répondait à la jeune femme nageant d’une projection vidéo: deux façons d’envisager l’eau purificatrice, qui s’enrichissaient mutuellement par leur simple juxtaposition. Et il y avait bien sûr cette illustration charmante de la palette des sentiments avec deux grosses têtes "silhouettées" du théâtre d’ombres...
On sent bien que Jean Ranger et ses acolytes ont voulu tout mettre, tout dire de leur démarche artistique dans ce premier spectacle. Mais loin de constituer un fouillis indigeste, Théories poétiques sur les interconnexions constitue une première œuvre attachante, inattendue, riche, qui émeut et laisse réfléchir (c’est suffisamment rare). Espérons que ces racines de l’esprit s’implanteront fermement dans la terre parfois aride de l’art multimédiatique international.

Sylvie Lachize

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